wall of wind

La Sagesse des CampagnesÉpisode 1, Chapitre 3


Synopsis

Visitez Altenor à travers les yeux d’une jeune fille découvrant la cité pour la première fois.

Auteur IRL

Cedric Neumann & Laureline Brun

Chapitre 3

Après ce léger incident, nous continuâmes notre périple jusqu’à la demeure d’un riche marchand. Nous patientâmes dans le vestibule, et quand nous entrâmes dans sa maison, j’eus un choc. La quasi-totalité de l’entrée représentait une espèce de bassin, creusé dans la terre. Le sol était carrelé avec soin mais des plantes et des poissons habillaient avec grâce la pièce. Y avait-il eu une inondation ici ? J’allais interroger mon père lorsque notre hôte fit irruption.

Le sticis, recouvert de bijoux et d’étoffes qui m’impressionnèrent, devait être important. Mon père s’inclina et fit quelques bruits étranges avec ses lèvres, puis l’hôte lui répondit, enfin… je crois. Alors que j’assistais à ce cérémonial, je fis le lien et compris pourquoi il y avait tant d’eau ici : c’était adapté à une famille de créatures aquatiques. Ma naïveté me fit presque rougir. Mon père avait bien raison ; il était temps que je découvre ce monde inconnu ; et mon frère était définitivement idiot de ne point s’intéresser à cette cité fabuleuse.

Le marchand nous guida vers une autre pièce, conçue pour les affaires, sans la moindre trace d’humidité cette fois-ci. Elle était haute et ouverte sur le ciel. Alors que je me protégeais des rayons du soleil, un nuage passa. Je m’aperçus rapidement qu’il s’agissait en réalité d’un vaisseau volant, il devait être gigantesque ! Il finit par bloquer toute la fenêtre mais la lumière ne réduit pas. Un petit cadran incrusté dans le mur émettait une lumière chaude et agréable qui se diffusait dans la pièce. Cette magie se combinait avec une sphère en rotation en son centre, c’était un atorium ! Le vaisseau libéra la source solaire. J’écarquillais les yeux : c’était tout simplement fascinant !

Pendant ce temps, les deux hommes discutaient. En assistant à la suite de l’échange, je pus en apprendre un peu sur les liens entre cette cité immense et ma campagne natale.

Quelle rencontre ! nous ressortîmes de cette étrange maison et mon père, après une énième recommandation et une centaine de conditions que je n’écoutais pas mais que je m’empressai d’accepter, me laissa dix minutes de quartier libre pour découvrir les environs.

J’errais dans les rues avoisinantes, le cœur léger, en regardant partout. J’atteignis le bord de l’anneau sur lequel nous étions : une multitude de systèmes, tous plus ingénieux les uns que les autres, permettaient de passer d’un anneau à l’autre. Tous prenaient en compte le perpétuel mouvement de l’Atorium. Certaines personnes utilisaient des planches, si longues, si fines ! Elles semblaient faciles à retirer le moment venu, mais encore fallait-il vouloir et pouvoir s’y risquer… D’autres utilisaient des ponts de cordes. Ça au moins, ce n’était pas vraiment dépaysant : il y en avait beaucoup chez nous et j’en avais aussi vu sur les îles du Mur des Vents.

Je notais également deux autres points communs avec mon lieu de vie : le souffle puissant du vent et les cerfs-volants qui voletaient dans les courants.

Chez nous les courants d’air rasaient le sol et emportaient tout très loin, ils étaient chauds et sentaient bon l’odeur de la terre et des céréales. On y entendait le bruit des animaux, l’ondulation des épis. Parfois les rafales nous apportaient des chants grinçants et cliquetants. Cela m’avait toujours effrayé, avant, mais maintenant au moins, je savais pourquoi. Ici ces ventsétaient rauques et verticaux, ils provenaient des entrailles de la cité, comme une respiration entre les anneaux. Ils portaient les odeurs de la foule et le bruit de la vie qui fourmillait. En me rapprochant du gouffre et du souffle, mes cheveux s’envolèrent. Par réflexe, mes mains saisirent la rambarde. Vivante ! La cité semblait réellement vivante !

Malgré ces bourrasques, je me penchais pour apercevoir les étages entre les anneaux. Ils étaient emplis de monde, et d’une profondeur telle que je ne distinguais pas le fond !

Les cerfs-volants aussi étaient familiers et différents ! Chez nous ils étaient utilisés pour lever les charges, tracter les chars, atteindre les toits et les moulins, certains de mes amis se déplaçaient même avec au quotidien. Ici, ils semblaient décoratifs et divertissant. Des individus cohors et alacars utilisaient les cieux à basse altitude, zigzaguant entre leurs concurrents de bois et de papier.

Le plus impressionnant était les immenses mécanismes de ponts. Ils devaient sans doute se relever lorsque les anneaux tournaient. Leur observation dépassait mon imagination. Je réalisai une fois de plus la richesse du quartier marchand. Ces systèmes étaient très complexes et connectaient le quartier au deuxième anneau. Les passants sur ce pont avaient beau crouler sous les sacs, ils courraient presque, se dépêchaient ! Le flot était ininterrompu.

En me glissant dans le flux d’un autre pont, je pénétrais moi-aussi sur le deuxième anneau. Je bifurquais à la première occasion et j’observais. J’entendis soudain une dispute éclater non loin derrière moi. Un jeune alacar à la chevelure blanche et aux ailes d’un profond bleu iridescent attira mon regard : il se faisait réprimander par une humaine ! Petite, spéciale, des cheveux sombres et des vêtements pourpres. L’alacar semblait agacé, ses plumes gonflaient à vue d’oeil. Tous les passants s’étaient d’ailleurs écartés des deux inconnus. Les protagonistes étaient armés et capés ; quelque chose se dégageait d’eux.

« Tu m’énerves Zéta, tu n’en fais qu’à ta tête ! Partage tes plans avant de les exécuter !

– Admets juste que mes idées sont excellentes, et puis, tu n’es pas le mieux placé pour parler d’égoïsme, monsieur l’alacar qui s’envole au moindre problème ! » rétorqua la dénommée Zéta avec, dédain… ou malice peut-être, je ne saurais dire.

L’homme-oiseau soupira. Semblant se rendre compte de l’attroupement qui les regardait, il reprit son calme. Je ne pus entendre la suite de leur échange. Je me mis à rire doucement. La vie avait l’air d’être pleine de surprises dans cette ville hors du commun. Je me repris à rêver et à penser aux histoires de mes amis, ces deux-là pourraient être des aventuriers en pleine mission ! Comme c’était excitant. Je me surpris à envier les altois.

Tout en rejoignant mon père, une petite voix dans ma tête me disait : « Vas-y Mauve, vas-y ! ». Je me fis la promesse de devenir une marchande digne de lui, d’écouter et d’apprendre, je voulais revenir en Altenor, je ne doutais plus, je serai à la hauteur et je voulais peut-être même rester dans la cité… loin de mon frère et de son purin, aussi stupide que lui !

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